L’hippothérapie

Définition

Le terme hippothérapie est issu de la racine grecque « hippos », qui signifie cheval. L’hippothérapie se définit comme une stratégie de réadaptation qui se base sur le mouvement tridimensionnel du cheval, lequel reproduit de façon très similaire le mouvement de marche de l’humain. Cette approche permet l’amélioration de plusieurs fonctions neuro-motrices et de processus sensoriels.

Lors d’une séance d’hippothérapie, le mouvement du cheval est modulé selon les demandes et analyses du professionnel de la réadaptation afin de  permettre l’atteinte des objectifs thérapeutiques fixés lors d’une évaluation initiale préalable. Le client est habituellement monté à cheval à l’aide d’une rampe d’accès. Il est assis sur un tapis, sans selle, ce qui favorise le transfert du mouvement et de la chaleur du cheval vers le cavalier.

L’hippothérapie est une modalité exclusivement réservée aux professionnels de la santé. Les ergothérapeutes, physiothérapeutes et orthophonistes ayant reçu une formation et une accréditation de l’Association Américaine d’hippothérapie  sont les seuls habilités à exercer l’hippothérapie.

Les professionnels

Physiothérapeute : Un professionnel de la santé qui gèrent, préviennent ou traitent des problèmes physiques causés par des maladies, blessures, accidents de travail ou sport, le vieillissement ou des périodes prolongées d´inactivité.

Ergothérapeute : Un professionnel de la santé qui vise à promouvoir la santé et le bien-être par l'occupation. Le principal objectif de l'ergothérapie est de donner à chacun la possibilité de devenir indépendant et fonctionnel dans ses activités quotidiennes.

Orthophoniste : Un professionnel de la santé qui offre un support et assure le développement d’une personne ayant des troubles de communication.

Les bienfaits

Voici une liste de quelques des nombreux bénéfices de l’hippothérapie :

Amélioration :

  • de l’équilibre
  • du contrôle postural
  • du tonus musculaire
  • de l’alignement et symétrie corporelle
  • de l’intégration bilatérale
  • de la modulation sensorielle
  • des capacités visuo-motrices
  • de la coordination
  • des fonctions respiratoires
  • de la communication (langage et élocution)
  • de la confiance en soi







Impact positif sur 

  • l’autonomie
  • l’estime de soi
  • les aptitudes sociales

Les contre-indications

Voici une liste des contre-indications à l’hippothérapie 

Hernie discale avancée
Hémophilie (sous révision)
Instabilité atlantoaxiale
Scoliose sévère
Coxarthrose




Allergies aux chevaux
Épilepsie non contrôlée
Ostéoporose sévère (plus de 30%)
Trouble comportemental sévère
Peur insurmontable des chevaux




Qui peut en bénéficier?

Voici une liste non exhaustive des déficiences qui peuvent être traitées en hippothérapie :

Faiblesse musculaire
Reflexes anormaux
Équilibre déficient
Insécurité gravitationnelle
Difficultés attentionnelles
Coordination problématique
Asymétrie posturale




Contrôle postural difficile
Mobilité problématique
Intégration sensorielle problématique
Capacités orales-motrices réduites
Retard de langage
SpasticitéRaideurs musculaires





Voici une liste des conditions médicales regroupant certaines déficiences pouvant bénéficier de séances d’hippothérapie :

Trouble Envahissant du Développement
Retard global de développement
Paralysie Cérébrale
Syndromes moteurs ou neurologiques
Traumatisme crânien
Sclérose en plaques
Fibromyalgie
Déficit d’attention avec ou sans hyperactivité


Spina Bifida
Trisomie 21
Trouble d’acquisition de coordination/dyspraxie
Retard de langage
Troubles oro-moteurs
Troubles d’apprentissage






Andréia R. Malisia et Carolyne Mainville
Comité hippothérapie
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Résumé de l’article
Hippotherapy
Gertrude Freeman, Clinical Management Vol 4 No 3, pp. 20 à 25.

L’hippothérapie est une modalité qui peut être utilisée par un physiothérapeute pour améliorer les incapacités de ces patients.
Plusieurs programmes ciblent les clientèles pédiatrique orthopédiques
et neurologiques âgées de 6 à 15 ans.

Entreprendre un programme d’équitation thérapeutique
Le physiothérapeute et l’instructeur d’équitation se partagent la responsabilité du programme. En tout temps, ils doivent s’assurer,
selon leurs compétences respectives, de la sécurité du cavalier. Le physio-thérapeute se charge d’évaluer, de proposer des exercices en fonction de la condition et de documenter l’évolution. L’instructeur s’assure de la bonne posture du cavalier, du traitement approprié du cheval et des indices donnés au cavalier qui déclencheront la réponse appropriée par
le cheval pour répondre aux objectifs du traitement.  Des assistants sont aussi présents pour tenir le cavalier et pour les assister dans les exercices lorsque nécessaire.

L’évaluation du patient
L’évaluation du cavalier doit comprendre : habiletés de communication, sensation, amplitudes articulaires, force musculaire, posture assise (sur une chaise et sur le cheval). Le programme doit s’orienter vers un but.
Le but doit inclure le besoin d’équipement spécialisé, la procédure de monte et des exercices spécifiques.

L’équipement
Les chevaux doivent être bien entraînés (patients, tolérants, sensibilisés aux aides à la marche). La selle anglaise est généralement utilisée car elle favorise une posture droite. La selle western sera utilisée pour une personne ayant besoin de plus de soutien. Les casques protecteurs, les souliers avec talons et les ceintures sont obligatoires. Il est possible d’utiliser des étriers adaptés (Devonshire Hooded Boot) et des rênes adaptées selon les besoins du client.

Monte et position
Il est possible d’utiliser une rampe d’accès et des assistants pour procéder à la monte. La procédure doit être sécuritaire. La posture doit ressembler le plus possible à la posture d’un cavalier qui monte à l’anglaise.
Au départ, il est possible que le cavalier tienne le pommeau, mais rapidement, le but devra être de lâcher cette prise afin de solliciter davantage les réactions d’équilibre et de protection.

Exercices
Les exercices proposés peuvent ressembler à ceux utilisés dans les programmes d’équitation habituels. Ils sont destinés à améliorer la force des genoux, des extenseurs du tronc, à améliorer la posture et l’équilibre. Peuvent comprendre des rotations des bras, aller toucher les oreilles du cheval ou la queue, aller toucher aux étriers…

Commencer à monter
Quand le patient est capable de se tenir assis en équilibre sur le cheval,
il peut commencer à contrôler le cheval. On commencer au pas pour progresser graduellement vers le trot. Les programmes doivent être individualisés en fonction des déficiences. Par exemple, une personne hémiplégique bénéficiera de monter en cercle avec le côté atteint vers le centre du cercle. Les patients avec peu de tonus bénéficieront d’exercices plus rapides et inversement pour les personnes avec une augmentation du tonus.

Discussion
Des bénéfices physiques et psychologiques (amélioration de l’alignement postural, facilitation des mouvements normaux, intégration de stimulations sensorielles, amélioration des habiletés de planification motrice et entraînement cardio-vasculaire bas) sont observés.

Monter à cheval est une méthode dynamique plutôt que statique et le patient doit toujours se réajuster aux mouvements du cheval. Si le cavalier est correctement positionné sur le cheval, la position en elle-même inhibe les réflexes indésirables.

Les bénéfices psychologiques sont similaires pour toutes les personnes avec des déficiences : diminution du sentiment de dépendance aux autres, possibilité de se déplacer au même titre que les autres personnes. Une relation positive s’établit aussi entre le cavalier et le cheval : chaleur et acceptation du cheval en échange de soins et de nourriture. Les enfants, plus confiants, plus habiles dans leurs relations sociales, deviennent plus motivés pour s’investir et se développer. En bref, les enfants avec des déficiences assis sur le cheval d’interagir avec leurs pairs au même niveau. L’hippothérapie leur offre cette opportunité et les physiothérapeutes ont un rôle central dans l’accomplissement de leurs buts.

L’article propose aussi plusieurs photos de séances d’hippothérapie, une grille permettant de noter la progression de l’enfant d’une séance à l’autre, des images d’équipements adaptés, une série d’exercices et des photos d’une thérapie.

The effect of Hippotherapy on Ten children with cerebral palsy

Renee L. Casady, PT, MS, HPCS, and Deborah S. Nichols-Laren, Phd,Pt
Logan County Board of Mental Retardation/Developmental Disabilities (R.L.C.) Bellefontaine , Ohio , and School Allied Medical Professions, The Ohio State Universty (D.S.N-L.), Columbus , Ohio .

Résumé

L’hippothérapie se distingue de l’équitation thérapeutique, qui elle a pour but d’enseigner des habiletés équestres à des gens ayant des besoins spécifiques, en ce qu’elle consiste à utiliser le cheval comme surface thérapeutique dynamique pour réhabiliter des clients présentant des problèmes neuro-musculaires. Les professionnels de la santé (ergothérapeutes, physiothérapeutes et leurs assistants de même que les orthophonistes) qui ont des connaissances sur les mouvements du cheval se servent de cette approche pour induire une variété de réactions posturales chez leurs clients en variant, entre autres, la vitesse, la cadence, la direction du cheval. Le but est d’améliorer leurs habiletés motrices (équilibre, tonus, amplitudes articulaires, etc.)  et qu’elles se transposent par la suite dans leurs activités quotidiennes.

Bien que peu d’études démontrent l’efficacité de cette modalité thérapeutique, elle connaît une popularité grandissante auprès de la clientèle. Les thérapeutes qui y ont recours observent une augmentation de la demande de leurs services. Des recherches sur le sujet sont donc nécessaires afin de venir documenter objectivement l’efficacité de cette approche.

L’étude dont il est question dans cet article avait pour but de démontrer l’efficacité de l‘hippothérapie  auprès de 10 enfants âgés de 2.3 à 6.8 ans et dont le diagnostic principal était la déficience motrice cérébrale. Les tests utilisés étaient le Pediatric Evaluation of Disability  Inventory (PEDI) et le Gross Motor Function Measure (GMFM). L’étude s’échelonnait sur 30 semaines et comportait deux pré-tests et deux post-tests. Les enfants ont reçu 10 traitements d’hippothérapie en 10 semaines entre le 2ième pré-test et le 1er post-test.

Les résultats sont statistiquement significatifs dans toutes les échelles
du PEDI et les dimensions du GMFM sauf pour lying/rolling. C’est entre
le pré-test 2 et le post-test 1 qu’il fallait noter un changement important sans que ce soit le cas pour les autres périodes de l’étude. En conclusion cette recherche a démontré que ce type de traitement était bénéfique pour les enfants atteints d’une déficience motrice cérébrale lorsqu’elle est appliquée par des thérapeutes ayant des connaissances et de l’expérience dans ce domaine. Par ailleurs, cette modalité a le potentiel de générer une grande motivation chez les enfants à participer à leur traitement,  favorisant ainsi les chances de réussite.

Tiré de la revue Pediatric physical therapy 2004 ; 16 : 165-172

Feasibility of Horseback Riding as a Therapeutic and Integrative Program for Handicapped Children

Lydia Wingate

Il est difficile d’intégrer des enfants handicapés avec des enfants non-handicapés dans des activités communautaires. Ils se retrouvent plus souvent qu’autrement regroupés entre eux. C’est donc un défi que de trouver une activité qui faciliterait cette intégration. L’équitation  a été ciblée comme étant une activité potentiellement rassembleuse. En plus
de favoriser le développement des habiletés motrices, elle augmente l’estime de soi.

Il est question dans cet article d’un projet pilote qui visait à démontrer l’effet bénéfique de l’équitation sur les fonctions motrices en comparant des données avant et après le projet et d’encourager l’intégration des enfants handicapés et non-handicapés dans une même activité. Si le projet était concluant, par la suite il était envisagé de pousser davantage l’étude sur le sujet.

Le projet a porté sur 7 enfants âgés de 6 à 9 ans sauf un qui avait 16ans. Tous avaient pour diagnostic une déficience motrice cérébrale. Les parents étaient invités à participer à des groupes de discussion et à se supporter mutuellement. Des bénévoles ont été formés sur leurs rôles et sur la maladie. Pour ce qui est de l’équipement utilisé, les selles classiques ont été favorisées car elles sont plus petites que les western qui elles peuvent de plus causer parfois de la spasticité chez certains clients.

L’instructeur équestre dirigeait les séances et  soumettait différents exercices au pas et au trot selon une entente avec le physiothérapeute pour répondre aux divers besoins des participants. L’éventail des mouvements du cheval permettait aux enfants de travailler à différents niveaux (équilibre assis et debout, la proprioception, extension du tronc, etc.)

Les parents ont observés une amélioration des habiletés motrices de
leurs enfants. En outre les enfants s’amusaient et ne réalisaient pas qu’ils étaient en thérapie. Les parents souhaitaient donc que le programme continue sur une plus longue période.

Cette activité peut se dérouler en individuel comme en groupe. Le taux de satisfaction de tous les participants peut faire preuve que le projet est. Il est suggéré que des études puissent démontrer objectivement les effets bénéfiques de l’équitation en utilisant un électro-myogramme (EMG) et une caméra vidéo. Les études pourront donner une crédibilité aux thérapeutes qui y ont recours.

Tiré de la revue physical therapy, volume 62/ numéro 2, février 1982. p. 184-186

Résumé d’article

An exploration of German and British physiotherapist’s views on the effect of hippotherapy and their measurement

Dorothée Debuse, Colin Chandler and Catherine Gibb, Physiotherapy Theory and Practice, 21 (4), pp. 219-242.

Introduction et recension des écrits
L’hippothérapie utilise le mouvement tridimensionnel du cheval. Durant
le traitement, le patient est influencé par le mouvement du cheval. L’hippothérapie est une aire distincte de l’équitation thérapeutique qui inclut aussi la monte et la voltige en éducation spécialisée, la monte et l’attelage pour les personnes présentant des déficiences et l’utilisation
des chevaux en psychiatrie et en psychologie.

Bénéfices proposés par l’utilisation de l’hippothérapie
En se référant à la littérature, les principaux bénéfices physiques de l’utilisation de l’hippothérapie sont : la normalisation du tonus musculaire, l’amélioration du contrôle du tronc, la correction de patrons anormaux de mouvements, l’amélioration de la marche, de l’équilibre, de la coordination et de l’intégration sensorielle. Par contre, ces résultats se basent davantage sur les observations des pionniers que sur des évaluations rigoureuses. Plusieurs recherches sont citées démontrant notamment l’amélioration de l’énergie dépensée lors de la marche, le transfert de poids lors de la marche, la capacité de changer de direction… suite à l’utilisation de traitements en hippothérapie. Les recherches énoncées rapportent aussi l’amélioration dans la stabilité du tronc et le contrôle postural. Les recherches sont cependant biaisées par le fait que les auteurs confondent l’utilisation de l’hippothérapie et de l’équitation thérapeutique et qu’ils exécutent leur recherche sur des sujets non-homongènes qui présentent un tonus musculaire anormal.

Mesurer les résultats en hippothérapie
Plusieurs défis se posent lorsque vient le temps d’évaluer les résultats des traitements en hippothérapie : les tests statistiques conventionnels ne peuvent s’appliquer sur un petit nombre de sujets, les résultats sont souvent non-statistiquement significatifs ce qui peut être dû à la sensibilité du test utilisé et il y a trop peu d’études relatant l’impact de l’utilisation de l’hippothérapie par les patients.

Les buts de cette étude
Cette étude se veut une première étape d’une série d’investigations sur les effets de l’hippothérapie sur des personnes atteintes de paralysie cérébrale et sur comment ces effets peuvent être mesurés. Par contre,
le terme hippothérapie n’est pas utilisé uniformément à travers le globe. Les chercheurs ont donc convenu qu’il fallait aussi mieux circonscrire l’hippothérapie. Le second but de cette recherche étant de mieux définir les pratiques de l’hippothérapie chez les physiothérapeutes allemands et britanniques.

Méthode
Échantillonnage

Vingt et un participants britanniques et quatre-vingt-douze participants allemands ont été sélectionnés selon les mêmes critères de pratique ce qui correspondait à 13% des professionnels certifiés dans chacun des pays pour pratiquer l’hippothérapie.

Questionnaire :
Un questionnaire de six pages a été remis à chacun des participants avec des questions ouvertes et fermées permettant de recueillir des données qualitatives et quantitatives. Une définition de l’hippothérapie a aussi été envoyée pour établir le même niveau de compréhension chez les participants.

Analyse
Résultats 

Environnement, ressources, expérience
Les résultats suivants sont ressortis : les physiothérapeutes allemands travaillent avec des chevaux mieux entraînés, passent plus de temps à pratiquer l’hippothérapie et sont plus jeunes que leurs collègues britanniques.

Effets perçus de l’hippothérapie sur les patients atteints de paralysie cérébrale

Les allemands concluent que les effets les plus importants de l’hippothérapie sont la normalisation du tonus musculaire en premier
lieu suivi de l’amélioration du contrôle postural et finalement les effets psychologiques.

Certains participants ont aussi rapporté l’influence de l’hippothérapie sur la planification motrice, l’orientation spatiale, l’intégration sensorielle et l’interaction avec le cheval.

Mesurer les effets perçus de l’hippothérapie
Plus du trois quarts des répondants mentionnaient utiliser une évaluation avannt de commencer les traitements en hippothérapie. Par contre, la majorité expliquaient ne pas utiliser d’évaluation standardisée, mais plutôt des observations.

Discussion

Il existe des différences importantes entre la formation menant à la pratique de l’hippothérapie en Allemagne et en Grande-Bretagne.

Il est actuellement difficile de rencontrer toutes les conditions statistiques nécessaires pour obtenir des résultats significatifs sur les effets de l’hippothérapie. Il n’y a pas actuellement d’évaluation servant spécifiquement à objectiver les effets de l’utilisation de l’hippothérapie et les paramètres mesurés sont souvent difficiles à évaluer. L’étude propose donc l’utilisation du Chailey Levels of Activity comme étant un outil valide, facile à utiliser et fidèle. Les auteurs proposent aussi d’évaluer la perception des patients sur les effets de l’hippothérapie dans leur vie de tous les jours.