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Comme vue dans la revue : Physio-Québec Volume 29 Numéro 2

Un projet innovateur au Centre de Réadaptation
Le Bouclier : L’ÉQUITATION THRAPEUTIQUE
Par Manon Charron, pht et Monique Germain, ergothérapeute Centre de Réadaptation Le Bouclier

INTRODUCTION

« L’équitation thérapeutique est un terme générique pour désigner toutes formes d’activités équestres conçues à l’intention des personnes ayant une déficience et qui mettent l’accent sur l’apprentissage de techniques fonctionnelles d’équitation à  des fins thérapeutiques. » (Association canadienne d’équitation thérapeutique).

Ce médium thérapeutique alternatif est introduit en Europe vers 1960. Il permet à la personne présentant une déficience d’intégrer et de répondre à une variété de stimuli sensoriels provenant des systèmes tactile, auditif, visuel, musculosquelettique et vestibulaire. Ces stimuli sont induits par les réponses corporelles du cavalier, lesquelles sont suscitées par les mouvements du cheval.

Selon l’expérience clinique, l’équithérapie contribuerait à l’amélioration ou au développement de la posture, de l’équilibre, de la mobilité, du tonus, de la force musculaire, de la coordination, des habilités motrices et sensorielles, etc. Outre les bénéfices sur la plan physique, ce médium thérapeutique comporte des bienfaits inestimables sur le plan psychosocial tels que l’estime de soi, la confiance en soi, l’image corporelle, les habilités relationnelles, l’attention, la concentration, l’autonomie, le sens de l’initiative, etc.

LA DESCRIPTION DU PROJET PILOTE

Au cours de l’année 2001 et de l’année 2002, un projet pilote a été réalisé au Centre de Réadaptation Le Bouclier (région de Lanaudière et des Laurentides) en collaboration avec les instructeurs équestres certifiés de l’Association canadienne d’équitation Thérapeutique (A.C.E.T.). Le but était de vérifier la pertinence d’inclure l’équithérapie comme moyen thérapeutique dans nos interventions avec des enfants de 3 à 18 ans présentant une déficience motrice et d’évaluer les bénéfices thérapeutiques, à la fois physiques et psychosociaux, d’un programme d’équitation thérapeutique.

La découverte de ce type d’approche s’est inscrite dans le cadre d’une réflexion multidisciplinaire. Notre démarche visait à introduire une forme de thérapie susceptible de susciter l’intérêt et l’enthousiasme des jeunes pour qui la thérapie conventionnelle devenait moins stimulante. De plus, nous voulions favoriser le développement de nouvelles compétences par le biais d’exercices variés exécutés grâce aux mouvement rythmés et continus engendrés par les déplacements du cheval.

Le projet s’est échelonné de juillet 2001 à juin 2002. Une physiothérapeute et une ergothérapeute de cinq points de service du CR Le Bouclier se sont impliquées dans la réalisation de ce programme. Chaque enfant bénéficiait de 8 séances de thérapie équestre d’une durée de 60 minutes, à raison d’une séance par semaine. Le tout se déroulait en présence des thérapeutes, des instructeurs équestres et des parents.

Les objectifs du programme étaient :

  • Améliorer la posture
  • Améliorer la motricité globale
  • Améliorer l’équilibre
  • Améliorer la démarche
  • Assouplir les muscles des membres inférieurs
  • Renforcer les muscles du tronc, des membres inférieurs
    et supérieurs
  • Accroître la conscience corporelle
  • Développer l’estime de soi par valorisation des compétences
  • Découvrir une activité de loisir accessible
  • Recourir à un médium déjà présent dans l’environnement
    et le convertir en une activité thérapeutique

Les critères d’inclusion étaient :

  • Présenter une déficience physique
  • Comprendre les consignes
  • Bonne collaboration et assiduité des enfants et des parents
  • Abduction des hanches suffisante afin de s’asseoir sur un cheval (entre 40° et 55° d’ouverture des membres inférieurs)
  • S.L.R. («Straight Leg Rising») > 60°
  • Contrôle de tête et du tronc fonctionnel en position assise (i.e. pouvoir se tenir assis sur une chaise ou un banc avec un support minimum).

Les critères d’exclusion étaient :

  • Crainte excessive des chevaux
  • Allergie
  • Épilepsie non contrôlée malgré la médication
  • Spasticité aggravée par la pratique d’équitation
  • Conditions musculosquelettiques susceptibles d’être
    aggravées par la pratique d’équitation :
    • instabilité C1-C2
    • ostéoporose
    • subluxation sévère des hanches.

En tout, 32 enfants ont participé. L’âge variait de 3 à 13 ans.
Cinq enfants présentaient une déficience motrice cérébrale (D.M.C.)
de type quadraplégie spastique, dix enfants présentaient une D.M.C.
de type diplégie spastique, six enfants présentaient une D.M.C. de type hémiparésique, 3 enfants présentaient une ataxie et 8 enfants présentaient un retard de développement. 

LA PRÉSENTATION DES RÉSULTATS

Sur le plan psychosocial, des changements importants ont été observés. Les parents notaient une modification d’attitude de leur enfant, soit au niveau d’un meilleur comportement et/ou d’une meilleure confiance
en soi et estime de soi. Ils ont développé une fierté à réussir une activité « normalisante ». Ils pouvaient exécuter un exploit que peu de leurs parents et amis réussissent habituellement. À la fin des 8 séances, plusieurs familles ont manifesté un intérêt à continuer les sessions d’équitation thérapeutique de façon autonome (sans Le Bouclier, donc à leur frais). L’équitation est devenue, pour certains d’entre eux, un loisir, un sport, pratiqué de façon hebdomadaire. Les enfants ont tous apprécié le contact avec l’animal et nous ont fait part de l’importance pour eux d’être « comme tout le monde ».

Sur le plan physique, voici en résumé les améliorations observées chez la majorité des sujets (pourcentage de sujets où il y a  améliorations) :

  • La posture (81%)
  • L’équilibre (Échelle de Berg) (75%)
  • La coordination, les transferts de poids et la stabilité (G.M.P.M.)
    (75%)
  • La force musculaire des quadriceps (72%)
  • La co-contraction de la ceinture scapulaire (« push-up ») (67%)
  • Les déplacements dans les escaliers (65%)
  • La conscience corporelle (63%)
  • La force musculaire des deltoïdes (63%)
  • La motricité globale (G.M.F.M.) (58%)
  • La force musculaire des ischio-jambiers (56%)
  • La force musculaire au niveau du tronc (co-contraction) (55%)
  • Les réactions posturales (53%)

CONCLUSION

Les parents témoignent de bénéfices thérapeutiques importants voulant que l’équitation thérapeutique contribue à l’amélioration de l’estime de soi, de la confiance en soi ainsi qu’à l’émergence d’un sentiment d’accomplissement et de fierté chez leurs enfants. Ceux-ci aimaient en parler à leur entourage et suscitaient beaucoup de curiosité et d’envie parce qu’ils montaient à cheval.

Dans certains cas, même chez les sujets présentant les incapacités les plus sévères, des améliorations notables ont pu être observées. Sur le plan des habitudes de vie, des gains appréciables sont notés.

Par exemple, un enfant qui ne tenait pas assis seul sur la toilette, a réussi à le faire à la fin des séances d’équitation. Certains enfants qui devaient être sous médication pour améliorer leur attention et leur concentration à l’école ne l’étaient par lorsqu’ils montaient à cheval
et leur rendement restait tout à fait adéquat. La motivation à s’améliorer, à devenir de bons « cavaliers » a contribué à les rendre plus attentifs et concentrés.

En peu de temps, les parents, les enfants, les instructeurs équestres et les thérapeutes (physiothérapeute et ergothérapeute) ont observé des changements importants, ce qui a amené les enfants à renouveler leur intérêt et leur enthousiasme à s’investir dans une nouvelle forme de thérapie. Tout le monde s’est impliqué de façon harmonieuse et en complémentarité, ce qui a contribué à rendre le traitement plus efficace.

Le partenariat est en effet très important de la part de tout l’équipe et de la famille afin de maximiser cette approche thérapeutique.

Maintenant que le projet-pilote est terminé, nous poursuivons au Centre de Réadaptation Le Bouclier, l’équitation thérapeutique comme forme de thérapie avec les enfants inscrits dans les programmes en déficience motrice. Ce moyen thérapeutique est inclus dans notre plan d’intervention et fait partie intégrante de nos modalités de traitement. Des protocoles d’évaluation, de référence et de traitement ont été réalisés. Tous les points de service desservant la clientèle des programmes en déficience motrice-jeunesse ont accès (limité, budget oblige) à l’équithérapie.

Cette nouvelle forme de thérapie mérite d’être plus connue et utilisée
par un plus grand nombre de thérapeutes, car elle permet aux personnes présentant une déficience de s’épanouir tant sur le plan physique que psychosocial.

REMERCIEMENTS

Ce projet a été rendu possible grâce la direction du Centre de Réadaptation Le Bouclier, aux régies régionales des Laurentides et
de Lanaudière qui ont octroyé une partie des fonds nécessaires et au programme de recherche du Centre de Réadaptation Le Bouclier, particulièrement en la personne de Manon Théolis. Nous tenons à les remercier d’avoir cru en nous.

Note1 : Pour obtenir des information plus détaillés, contacter Manon Charron, physiothérapeute, Monique Germain, ergothérapeute ou
Manon Théolis, coordinatrice de la recherche, au 450-582-3990 ou au
1-800-361-3990.

Note2 : Nous avons participé à 3 émissions de télévision (« Coup de chapeau » à TVA, « Hop La Vie » à TVA et « Caféine » à TQS) et à une émission de radio (« Le cœur à l’été » à Radio-Canada). Quelques articles sont parus dans les journaux locaux, La Presse et Le Soleil

LE CHOIX D’UN CHEVAL POUR L’ÉQUITATION THÉRAPEUTIQUE OU QUELS SONT LES CRITÈRES EXIGÉS LORS DE LA SÉLECTION DU CHEVAL QUI SERA UTILISÉ DANS UN PROGRAMME D’ÉQUITATION THÉRAPEUTIQUE?
Eliane Trempe
FÉDÉRATION QUÉBÉCOISE D’ÉQUITATION THÉRAPEUTIQUE


« Mon cheval a eu une belle carrière dans les compétitions et maintenant il mérite un bon repos ; pour ne pas qu’il s’ennuie, je vais l’inscrire dans un programme d’équitation thérapeutique, il pourra ainsi terminer sa vie sans trop se fatiguer… »

Voilà une phrase qu’on entend souvent lorsque les gens nous contactent dans le but d’obtenir les coordonnées des centres d’équitation thérapeutique de leur région, dans l’espoir que ceux-ci accueilleront leur cheval en fin de carrière. Il faut dès lors leur préciser que le cheval adéquat d’un bon programme d’équitation thérapeutique doit rencontrer plusieurs caractéristiques précises et incontournables, au grand étonnement de ces généreux donateurs.  Voici donc quelques précisions quant au choix de la monture idéale en équitation thérapeutique.

En tout premier lieu, le cheval utilisé en équitation thérapeutique doit être en bonne santé, calme, doux et patient.  Des considérations d’ordre physique seront également envisagées.

La taille du cheval doit être adaptée à la taille du cavalier ainsi qu’à la taille des accompagnateurs ; ces derniers soutenant la jambe du cavalier ne doivent pas relever leur bras plus haut que la hauteur de l’épaule, ce qui serait le cas avec un cheval trop haut ; ou encore, ces derniers ne doivent pas marcher le dos incliné dans le cas d’un cheval trop petit.

Le cheval très calme peut sembler logique pour les personnes avec des déficiences sévères, cependant il ne sera pas nécessairement le meilleur choix à moins d’avoir été entraîné à se mouvoir d’un pas régulier et actif.  En effet, marcher trop lentement sera insuffisant pour stimuler le système nerveux ; tout comme marcher trop rapidement empêchera un rythme régulier, le meneur intervenant continuellement pour ralentir le cheval.

Les petits poneys ont tendance à fournir des petites foulées saccadées,
ce qui est moins relaxant que les longues foulées des plus grands poneys ou des chevaux.

Le cheval avec un dos large fournira au cavalier qui manque d’équilibre, un meilleur appui et plus d’aisance. Le cheval au dos étroit offre plus de confort au cavalier dont les muscles adducteurs sont serrés. Cependant,
si le dos du cheval est trop étroit, la base de support devient alors trop petite nuisant ainsi à la recherche d’équilibre.

Le cheval présentant un long cou et un long dos, assurera au meneur
et au marcheur positionnés du même côté, une plus grande facilité d’opération ; ces deux personnes marchant l’une derrière l’autre, doivent en effet, synchroniser leurs pas de telle sorte que l’accompagnateur n’accroche pas les talons du meneur.

Chaque cheval ou poney est distinct et doit être évalué afin d’estimer
la charge maximale qu’on lui imposera. Une simple opération de calcul permet d’établir cette charge approximative, qui sera ajustée en fonction du type d’animal. La charge qu’un cheval ou poney peut porter est tributaire de sa conformation et de son ossature, et non de sa taille.
Des chevaux et poneys massifs et bien charpentés sont capables de porter des charges plus lourdes par rapport à des bêtes de race de taille comparable.

Variantes en fonction de la condition physique et de l’âge du cheval ou poney

Il est important de tenir compte des trois points suivants concernant l’état de santé et l’âge du cheval en évaluant la charge qu’on lui imposera :

  1. Un cheval ou un poney dont la condition physique n’est
    pas optimale est moins fort.
  2. Un cheval ou un poney qui fait de l’embonpoint ou qui n’est pas bien entraîné (piètre condition physique) est moins fort.
  3. Plus un cheval ou un poney gagne en âge, moins lourde est la charge qu’il peut porter.

Un cheval ou un poney dont l’état de santé ou la condition physique laissent à désirer ne devraient pas servir dans un programme d’équitation thérapeutique. Lorsqu’on s’interroge sur l’état d’une monture, il convient d’aborder diplomatiquement la question avec son propriétaire ou le centre d’équitation et s’il y a lieu, de demander conseil au vétérinaire.

Un bon cheval d’équitation thérapeutique aura reçu un entraînement adéquat et pertinent au travail qu’il devra accomplir durant sa carrière de ‘thérapeute équin.’ Possédant d’emblée un équilibre naturel, il saura travailler dans le bon sens, marchant facilement en poussant avec ses postérieurs tout  en soulevant sa base d’encolure et offrant ainsi un meilleur confort au cavalier. 

Références :
« Manuel de l’Instructeur » Acet
« Coach with Courage » M.L. Longden
Anita Lemaître, instructeur équestre ITA La Pocatière

Pour toutes informations supplémentaires concernant l’équitation thérapeutique, vous pouvez consulter le site de l’Association Canadienne d’Équitation Thérapeutique (ACET) à www.cantra.ca ou communiquer avec la Fédération Québécoise d’équitation thérapeutique (FQET) au 1.866.575.0515 poste 3570 ou info@fqet.org

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Programme d’équitation thérapeutique

Un partenariat entre le CLSC et CHSLD de la MRC de Montmagny et L’ITA de La Pocatière
Hélène Caron, Éducatrice spécialisée
Instructeur-adjoint de l’Association canadienne d’équitation thérapeutique, Niveau II Association française HANDI-CHEVA
L

Le cheval comme moyen thérapeutique. Une approche innovatrice, au CLSC et CHSLD de la MRC de Montmagny, dans le cadre du programme de soutien à l’intégration pour la clientèle desservie par le service de pédopsychiatrie.

SOMMAIRE DU PROJET

Depuis octobre 1999, une vingtaine de jeunes ont pu bénéficier d’un pro­gramme d’équitation thérapeutique au Centre équestre de l’I.T.A. de La Pocatière, à raison d’une activité d’une 1/2 journée par mois.

Ces jeunes vivent avec les problématiques suivantes : hyperactivité, déficit de l’attention, troubles d’opposition, troubles anxieux, trouble envahissant du développement, trouble de comportement, trouble schizo-affectif, syndrome Gilles de la Tourette. À ces diagnostics, sont souvent associés des troubles de la communication, troubles d’apprentissage, troubles des habiletés motrices et parfois des carences affectives importantes.

Des progrès notables ont pu être observés, notamment en ce qui concerne l’amélioration de l’attention et de la concentration, l’amélioration de la gestion des comportements agressifs, une réduction de l’anxiété pour certains, une estime de soi rehaussée pour la plupart, une amélioration du tonus musculaire, de la coordination, une meilleure qualité des relations entre les pairs, une augmentation du sens des responsabilités.

Ces différentes constatations et les recherches qui ont été effectuées
sur le sujet nous permettent de croire qu’en augmentant la fréquence
et l’intensité de participation des enfants au programme d’équitation thérapeutique à une fois par semaine, nous pourrions obtenir une diminution encore plus significative de leurs problématiques et de leurs malaises et l’atteinte des objectifs de façon plus rapide et durable.

Nous croyons que les améliorations déjà constatées auraient davantage
la possibilité de s’actualiser, de s’épanouir dans la vie de tous les jours
et ce, pour le plus grand bénéfice des jeunes, de leurs familles et de leur entourage. Dans un proche avenir, nous aimerions permettre à ces jeunes de vivrent cette expérience sur une base hebdomadaire.

LES BIENFAITS DE L’ ÉQUITATION THÉRAPEUTIQUE POUR LES JEUNES EN DIFFICULTÉS D’ ADAPTATION :

L’équitation thérapeutique est une approche psycho-corporelle qui s’adresse à l’enfant dans sa quasi-globalité. Au contact du cheval, presque tous ses sens sont sollicités. C’est une approche respectueuse qui tient compte des différences, des besoins et des capacités de chaque enfant. L’équitation thérapeutique mise sur les forces personnelles de l’enfant et prend en considération l’ensemble de ses besoins bio-psychosociaux.

Les recherches démontrent que nous ne retenons que 20% de ce que nous entendons, 30% de ce que nous voyons, 70% de ce que nous disons et 90% de ce que nous faisons. En utilisant un symbole concret pour intervenir auprès de l’enfant, le cheval, nous facilitons ses apprentissages, nous lui donnons également accès à un monde beaucoup plus riche, plus vrai et plus direct que celui que nous pourrions atteindre par la seule parole.

Loin du rêve, le cheval est réalité imposante, obligeant ainsi l’enfant à prendre conscience que ses actions entraîneront des réactions. Pour com­muniquer avec son cheval, le cavalier doit lui transmettre adéquatement ses intentions. Il doit s’affirmer clairement et, pour ce faire, concentrer toute son attention sur l’action en cours.

Le cheval place le cavalier dans une situation où il doit organiser sa pensée, prévoir son action et transmettre sa volonté au cheval afin d’obtenir le résultat souhaité. Le cheval réagit donc au projet que le cavalier a à son égard. Or, le cheval répond soit en se pliant de bon gré, soit en se défendant, selon que les signaux sont transmis avec calme et précision ou impatience et incohérence. C’est une approche qui favorise le développement du sens des responsabilités et des habiletés cognitives.

Lorsque le cavalier découvre qu’il peut lui-même contrôler son cheval, s’en faire obéir, sans confrontation et sans conséquences négatives, non seulement il ressent une immense fierté qui contribue à augmenter son estime de soi, mais il prend aussi conscience de l’intérêt de maîtriser ses propres comportements et son agressivité pour arriver à ses fins dans l’harmonie et le plaisir. Le cavalier intègre peu à peu le fait qu’en exprimant adéquatement ses sentiments, en utilisant des stratégies de résolution de problèmes plus subtiles, il obtient de meilleurs résultats qu’il pourra reproduire par la suite dans ses relations avec ses pairs. Progressivement, l’enfant apprend à mieux se connaître dans ses forces et dans ses difficultés, il apprend à exprimer ses besoins, à demander de l’aide;  il apprend à exprimer ses insatisfactions plutôt qu’à les agir par la désorganisation. L’enfant, expérimente une relation d’attachement signi­ficative et privilégiée avec le cheval. Ce dernier ne l’abandonnera pas, ne le rejettera pas ou ne marchandera pas son affection.

Les éducateurs, grâce à des jeux, à des activités avec le cheval, mettront l’enfant en situation d’expérimenter l’entraide et le partage avec ses pairs cavaliers. Ainsi, ayant un modèle positif, un souvenir heureux, l’enfant sera davantage disposé à reproduire des actions bienveillantes et des relations saines dans son quotidien.

L’équitation, c’est aussi l’école du courage, de la volonté et du dépasse­ment. La mise en place d’un environnement adéquat, c’est-à-dire des chevaux calmes, un lieu sécuritaire, des intervenants compétents, va permettre au cavalier de se décontracter. S’il fait face à des difficultés,
il le fera dans un contexte qui lui permettra de surmonter son anxiété et de dépasser ses limites. Ainsi, les périodes de déséquilibre pourront être vécues comme des occasions de développement.

L’expérience nous démontre que l’équitation thérapeutique est une des rares méthodes qui permet à autant d’événements de se vivre au même instant, simultanément, dans laquelle les informations, les actions et les réactions sont aussi nombreuses. C’est vraisemblablement une des raisons qui explique la force et l’efficacité de cette approche.

Par exemple, pour exécuter un changement de direction :

L’enfant va devoir maintenir l’impulsion du cheval en gardant ses jambes actives (équilibre, motricité globale, attention et concentration, affir­mation de soi).

Il doit porter son regard dans la direction où il désire aller et évaluer la distance à parcourir, les obstacles à éviter (attention et concentration, latéralité, orientation et structuration spatiale).

Il devra effectuer une rotation du poignet pour amener le bout du nez du cheval dans la direction où il veut aller, tout en maintenant l’impulsion du cheval (motricité fine, coordination, dissociation, tonus musculaire, attention et concentration, équilibre, motricité globale, affirmation de soi).

Lorsqu’il aura réussi à exécuter correctement cet exercice, il découvrira l’intérêt d’un geste efficace qui permet l’exécution d’un projet et qui entraîne un sentiment de valorisation (estime de soi, maîtrise de l’impulsivité, résolution de problèmes, responsabilisation).

Loin de nous la tentation de substituer cette approche aux autres approches déjà reconnues et éprouvées, mais le cheval nous offre un éventail de possibilités, nous démontre qu’il est possible d’aller plus loin, de rejoindre le jeune là où il se trouve, de l’accueillir dans sa souffrance comme dans son plaisir.

 « Il est celui par qui l’expérience de la réalité devient tolérable » (L’animal dans la vie de l’enfant / M. Soulé, Ed ESF.)

Comme éducateurs, notre responsabilité est de mettre notre créativité au service des enfants pour leur permettre de retrouver un niveau optimal de fonctionnement dans les différentes sphères de leur vie. En cela, le cheval est un formidable allié.